Pour expliquer comment fonctionne une obligation, rien de tel qu’un exemple.
Prenons l’exemple de l’obligation EDF dont on parle tant dans la presse !
Une obligation, c’est une reconnaissance de dette.
Au lieu d’emprunter à la banque, une entreprise emprunte auprès de personnes physiques, comme vous et moi, ou de personnes morales (assureurs, caisses de retraite qui ont de l’argent à placer…).
On lui apporte de l’argent, qu’elle rend à une date fixée, tout en ayant payé au fil du temps des intérêts, en général annuels. Pour matérialiser cet engagement, elle nous donne en échange une « obligation ».
Les conditions de chaque obligation (taux d’intérêt perçu, échéance du prêt, fréquence des paiements…) sont précisés à chaque émission d’obligations.
Alors regardons un peu l’obligation EDF dont tout le monde parle en ce moment :
http://www.edf.com/emprunt/index.php
Dans le contrat (lien vers le pdf, en anglais ! EDF aurait pu faire un effort), on y apprend que :
- Les obligations ont une valeur nominale de 1000 EUR : on prête par « paquet » de 1000 EUR
- On envoie l’argent le 17 juillet 2009
- Chaque obligation sera rémunérée 45 EUR par an, qui seront payés le 17 juillet de chaque année de 2010 à 2014 inclus (ce qui fait 4,5% par an,chaque année, pendant 5 ans)
- Le 17 juillet 2014, EDF nous rend notre argent (ce jour, on touche donc 1045 EUR : le retour du capital, et le coupon annuel)
Sous forme de tableau, ca donne ceci (pour une obligation de nominal 1000 EUR) :
| 17 juillet 2009 | -1000 EUR | On verse l’argent à EDF |
| 17 juillet 2010 | +45 EUR | Premier versement d’intérêts |
| 17 juillet 2011 | +45 EUR | Deuxième versement d’intérêts |
| 17 juillet 2012 | +45 EUR | Troisième versement d’intérêts |
| 17 juillet 2013 | +45 EUR | Quatrième versement d’intérêts |
| 17 juillet 2014 | +1045 EUR | Cinquième versement d’intérêts et restitution du capital prêté |
Attention, ce tableau ne mentionne que les flux entre EDF et vous. Il ne tient pas compte de la fiscalité (eh oui, il faut payer des impôts sur les intérêts reçus…)

Il y a quelques temps, les obligations étaient sous forme papier : on recevait alors un certificat, une reconnaissance de dette, avec des coupons en papier à détacher sur le côté. Chaque année, on découpait le coupon de l’année, on l’apportait à la banque, la banque les ramenait chez l’entreprise émettrice, qui donnait l’argent des intérêts à la banque, qui les redistribuait chez ses clients.
De nos jours, c’est évidemment informatique, alors pourquoi je vous raconte cette histoire ?
Parce que cette reconnaissance de dette n’est pas d’EDF envers vous. Elle est d’EDF envers la personne qui possède le bout de papier (ou qui a l’écriture informatique sur son compte bancaire). Les obligations modernes, tout comme les anciennes, sont au porteur.
On peut les revendre
Le principe ? On peut revendre ces reconnaissances de dettes : on n’est pas obligé d’attendre l’échéance.
Si on a acheté une obligation d’EDF, et qu’on a besoin d’argent à mi-course, en 2011, sans pouvoir attendre le 17 juillet 2014, on peut trouver quelqu’un qui prendra le relais : les obligations peuvent se revendre en bourse entre le moment où elles sont émises, et leur date d’échéance.
EDF n’a pas à donner son avis, tout ce à quoi il s’est engagé, c’est de rembourser le possesseur du papier en 2014.
Qui revend ? Des acheteurs de la première heure qui ont besoin de récupérer leur argent, ceux qui ont trouvé un taux plus intéressant ailleurs, ceux qui ne font plus confiance à EDF pour payer les intérêts et rendre le capital…
Qui achète ? Des retardataires qui ont raté le coche à l’origine, des investisseurs qui ont laissé passé du temps parce qu’ils ne pouvaient bloquer leur argent que pendant 3 ans et non 5, et ceux qui trouvent qu’ils font un bon placement en rachetant ces obligation.
Pour chaque obligation, il y a un « marché de l’occasion », que l’on appelle le marché secondaire.
Sur le marché primaire, on prête directement à l’émetteur de l’obligation. L’argent déboursé va à l’entreprise.
Sur le marché secondaire, on prend le relais de quelqu’un d’autre. L’argent déboursé va de l’acheteur vers le vendeur. Le prix se négocie, des fois on vend plus cher qu’on a acheté, des fois moins cher.
Pour l’un ou pour l’autre, il faut passer par une banque ou un courtier (broker).
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