Une obligation perpétuelle du Crédit Agricole : ACABC

Par Robin des Bonds, 11 juin 2009

Le Crédit Agricole est un gros émetteur obligataire, avec une centaine d’émissions cotées sur Euronext. Dans la continuité de « CATS » de Casino, je vais vous présenter une perpétuelle émise par le Crédit Agricole. Pour être précis, il s’agit d’un TSDI (titre subordonné à durée indéterminée).

Caractéristiques de cet emprunt

  • Emetteur : Crédit Agricole SA (que nous appellerons « CASA »)
  • Notation : AA- chez Standard & Poor’s
  • ISIN : FR0000181307
  • Mnémonique : ACABC
  • Nominal : 1 EUR
  • Date d’émission : 7 mars 2003
  • Date d’échéance possible : le 7 mars 2015 à l’initiative de CASA, puis tous les 12 ans. Remboursement au pair dans ce cas (en jargon de financier, on dit que l’obligation est « callable » : CASA a le droit de la « rappeler »)
  • Taux d’intérêt : 5,20%/an, payés trimestriellement, soit 1,30% du nominal les 7 mars, 7 juin, 7 septembre, 7 décembre.
  • Si CASA ne rembourse pas en 2015, on repart pour 12 ans avec un taux égal aux emprunts d’Etat à 12 ans + 1,50%
  • Rang de subordination : après les autres créanciers, mais avant les porteurs de titres participatifs (et avant les actionnaires)

Les petits liens habituels pour vous faire une idée par vous-même :
La notice officielle (source: site de l’AMF, document pdf), la page Boursorama, la page Telekurs, la page Euronext.

Analyse de l’obligation

Graphe historique ACABC

Graphe historique ACABC

Avec la crise bancaire, l’obligation n’a pas connu un brillant destin.  Les investisseurs d’origine (mars 2003) ont tout de même encaissé 6 ans de coupons, soit 32% sous forme d’intérêts, ce qui fait plus que compenser la perte latente.
Au cours actuel (78% du nominal), la rentabilité est de 6,5% brut, avec la possibilité de gagner 28% en cas de remboursement anticipé en 2015.

CASA est en théorie incitée à rembourser lorsque le coût à payer est supérieur à son coût de refinancement. En ce moment, la crise bancaire fait que le coût de financement augmente. Les banques préfèrent laisser le titre en vie, quitte à payer un taux jugé pénalisant à l’époque, que de sortir des fonds pour racheter les titres.

En 2015, si CASA ne rembourse pas, on se retrouve alors avec un titre qui rapporte OAT 12 ans + 1,5% sur son nominal, ce qui représenterait, si l’OAT 12 ans reste à 4,2% comme aujourd’hui, des coupons de 5,7% du nominal, soit une rentabilité de 7,3% sur le cours d’aujourd’hui. L’OAT 12 ans ne sera certainement pas à 4,2%, mais l’avantage, c’est qu’on est indexé sur les taux longs, donc en partie sur l’inflation.

Une liquidité convenable

Une caractéristique sympathique de cette obligation est qu’elle est activement traitée, et qu’un market maker tient une fourchette : à tout moment, on peut en acheter/revendre 50.000 sans problème (attention : nominal d’1 EUR). Ce n’est pas une garantie contractuelle, mais une constatation depuis 2003 : cette obligation est liquide. L’inconvénient est qu’on ne risque pas de profiter de ventes forcés d’investisseurs peu informés, et que l’on achète/vend au prix jugé correct par le teneur de marché. Avec cette obligation, il ne s’agit pas de profiter d’une anomalie de marché, mais de diversifier son portefeuille si elle correspond à ses objectifs et horizons.

CASA a déjà racheté des obligations sur le marché

Comme indique cet avis Euronext (en pdf), le Crédit Agricole rachète de temps en temps des titres sur le marché, pour les annuler. Ce faisant, il créé une pénurie, ce qui est bénéfique au cours, et témoigne qu’il préfère payer un bon coup une fois, plutôt que de payer des coupons à l’infini. En tant qu’investisseur, je suis d’accord ! Cela signifie aussi qu’un rachat au pair en 2015 est peu probable tant que le titre se traite avec une décote importante.

Les risques

Cependant, il faut la vendre dès qu’elle s’approche du pair, car CASA a alors intérêt à forcer le rachat au pair en 2015.

Un des risques est aussi qu’elle n’est pas totalement à taux variable : certes, le taux est indexé sur les OAT, mais il est fixé pour 12 ans ! Une fois le taux fixé, on est exposé aux hausses des taux pendant 12 ans, avant un prochain fixing. Elle se comporte donc plutôt comme une obligation à taux fixe que comme une obligation à taux variable (comme l’était la « CATS » de Casino).

Enfin, il y a le risque de crédit sur la signature Crédit Agricole. Le titre est subordonné, autant dire qu’en cas de faillite, on ne récupère rien. Mais contrairement à la « CATS » de Casino, pas de clause permettant de zapper le coupon.

Mon avis sur cette obligation ACABC

J’aime beaucoup les intérêts trimestriels, qui permettent de réallouer du capital sans désinvetir,  et la liquidité très correcte, qui permet de sortir rapidement si besoin. Je vois cette obligation comme une perpétuelle que CASA peut rappeler en 2015 à condition de nous indemniser, alors que beaucoup d’investisseurs la voient comme une obligation 2015 que CASA a le droit de prolonger.

Avec un rendement de 6,6%, on peut supporter une baises régulière du cours. Rappellez-vous que les investisseurs d’origine ont touché 32% de leur investissement en coupons ! Je me fiche du fait qu’elle monte ou baisse. Même : je préfère qu’elle ne monte pas, car si elle monte, CASA risque de me l’enlever en 2015. Lorsqu’elle baisse, je peux créer de la moins-value fiscale avec des aller/retours :)

Cela reste mon avis personnel. Je ne donne pas de conseils, je me contente de commenter ce que je considère comme des opportunités !



16 Responses to “Une obligation perpétuelle du Crédit Agricole : ACABC”

  1. noname98 dit :

    Merci pour cette pertinente opportunité :)

    Juste une petite remarque, il semble il y avoir une coquille sur le liens vers six-telekurs qui renvoie sur le code FR0000189268

  2. Merci, c’est corrigé :)
    Bonne soirée.

  3. Aspow dit :

    Bonsoir,

    Avant tout, merci pour ce site et le travail accompli.

    Mais pourriez vous m’éclairer sur « il faut la vendre dès qu’elle s’approche du pair »
    Fiscalement il me semble plus intéressant d’attendre le remboursement du capital, dans ce cas ni PV ni compteur de session qui tourne.

  4. Oui, tel que je l’interprète, CASA a le droit de racheter l’obligation au pair.

    Si, par l’effet des taux, sa valeur dépasse 100, elle nous sera sans doute confisquée au pair. Donc tout passage au-dessus de 100 peu avant la date de possible remboursement serait, selon moi, une anomalie.

    Quant à attendre l’échéance (ou la non-échéance), oui, je trouve aussi que c’est la bonne solution. On peut aussi réaliser les plus/moins-values pour compenser des plus/moins-values sur actions.
    Bonne journée,
    Robin

  5. sorg dit :

    J’essaie de rentrer sur cette obligation, mais quelque soit l’ordre que je positionne, le market maker se positionne juste au dessus de moi et « vole » les quelques titres qui passent à la vente.
    J’ai l’impression que le seul moyen d’acheter est d’acheter au market maker en mettant son ordre sur la valeur supérieure de la fourchette proposée.
    Je me trompe ?

  6. olivier dit :

    Effectivement, le market se positionne de maniere a confisquer les titres a la vente. J’ai achete la cousine (FR0010036087) de cette perpetuelle (caracteristiques semblable avec un cp a 5%) avec qques difficultes.
    Bravo pr le site

  7. Crylou dit :

    Bonjour,
    Félicitations et grand merci pour ce site.

    Petite question d’un débutant en oblig :
    ACABC, côte ce jour 81,55€, et donne invariablement 4 coupons par an d’un total de 5,20€. Soit 6,37% brut.
    La cousine, ACADH, côte 76,80€, et donne 5€, soit 6,51% brut.
    Il vaut donc mieux choisir la cousine. Suis-je dans le vrai ?

    Autre question, je n’ai pas trouvé ma réponse en vous lisant et en fouillant ailleurs : le nominal est souvent de 1, et la cotation avoisine les 100. Cela cote-t-il en centime sur les sites des brokers ?

    Merci de vos lumières.

  8. Crylou dit :

    Trouvé ! Ca côte en %.
    Certains sites mettent quand même le symbole € derrière les valeurs, pas facile de comprendre du premier coup.
    Je reformule donc ma première question avec des % (81,55€ donne 81,55%, et 5€ donne 5 cents d’intérêt).

  9. CASA émet plein de « cousines » qui ont peu ou prou les mêmes caractéristiques. Comme tu le soulignes, les coupons ont beau être différents, les investisseurs font le calcul et les amènent quasiment au même rendement.

    Le prospectus de la « cousine » ACADH est ici :
    http://www.amf-france.org/DocDoif/txtint/VisasPdf/2003/2003-106400.pdf

    Si elle n’est pas rachetée en 2015, le taux devient OAT12 ans + 0,75%, contre +1,5% pour ACABC. Cela peut aussi expliquer le petit écart.

    Pour un débutant, tu te poses de sacrément bonnes questions, félicitations ! En effet, le « € » est en trop chez beaucoup de brokers, trop habitués à traiter les actions.

  10. Apprenti_Bonds dit :

    Bonjour,
    Un grand merci pour votre site qui est mon phare dans l’océan des bonds…
    Où avez vous trouvé le taux du TEC12 ? Malgré tout mes clics, je suis toujours bredouille… Merci

  11. Benoit dit :

    bonjour,
    j’ai pris un peu de ACABC. c’est mon premier investissement obligataire en direct en presque 10ans de bourse.
    je n’y connais rien en placement obligataire mais en regardant la remarque de « Robin des Bonds » du 6/10/2009, je suis allé lire rapidement le prospectus de la « cousine » ACADH.
    Comment expliquer un tel écart de prix entre ACADH (qui cote de l’ordre de 78) et ACABC qui cote de l’ordre de 83.5.
    Cela fait plus de 7% d’écart de prix pour 0.2% d’écart de rendement.
    Si on raisonne en calcul de coin de table. 20 cents d’écart de rendrement, actualisé à l’infini à 5.2% cela donne 3.85 euros et donc on devrait avoir un écart de prix moins marqué entre ces deux TSDI qui me semble très comparables .. je me trompe ?
    Merci

  12. emmanuelle dit :

    Bonjour,
    je suis venue sur ce site par hasard, car j’ai découvert que mon banquier CA m’avait fait prendre des obligations tsdi du CA de 2003, en m’assurant que le capital me serait rendu en 2015. Hors depuis 2 jours, je découvre peu à peu le monde des produits financiers et ce n’est pas ce qui est prévu. N’ayant pas de connaissances financières à la base, j’ai fait une confiance aveugle à ce conseiller et je ne sais pas quoi penser de ce placement. Je dois rendre cet argent à mes parents en 2015, car entre temps ils m’en ont prêtés et je ne sais pas si je vais retrouver mon capital initial?
    Je n’ai pas eu de « contrat » de sa part, j’ai tendance à penser qu’il a commis une sorte de faute professionnelle (je lui demandais un placement sûr, où je retrouverais mon capital, même après un certain nombre d’années). Je voudrais votre avis sur ce conseiller, sur les obligations TSDI (vont-elles remontées selon vous?) Est-ce un placement sûr et dans quelle mesure? Je suis dans un flou artistique…. merci d’avance à ceux qui prendront le temps de me répondre…

  13. Benoit dit :

    je préfère m’abstenir de donner tout conseil mais je me permets quelques remarques.
    il est évident que ni les actions ni les obligations ne sont à classer dans la catégorie des placements « sûrs ». on est jamais « sûr » de retrouver sa mise.
    dans le cadre de cette obligation vous avez quand même le versement d’intérêts (trimestriels).
    nous sommes en 2010, 2015 .. c’est encore loin .. retrouver les 100 euros que valait cette obligation en 2003 est tout à fait envisageable (selon moi).

  14. emmanuelle dit :

    Merci beaucoup pour cette réponse. J’éspère que son cours va remonter….Je me demande tout de même si cela est judicieux de les garder après 2015…(au cas où leur valeur soit trop basse) J’ai du mal à comprendre l’intérêt d’avoir des obligations TSDI alors que les obligations simples sont « guaranties » en temps et en valeur? En tout cas maintenant je dois me débrouiller avec ces obligations, alors que ce n’est pas ma tasse de thé….Ce que je comprends aussi selon Robin de Bonds, c’est que la valeur devrait remonter en approchant de l’échéance 2015….Ai-je bien compris? (bien sûr ce ne sont que des suppositions mais cela paraît être le phénomène normal de ce genre d’obligations?).

  15. Olivier dit :

    Avis aux connaisseurs

    Comment peut on expliquer que le taux de rendement actuel de cette obligation est de 6.20 % ? Ce taux semble déconnecté du taux du marché actuel.

    Merci par avance

  16. Benoit dit :

    Je ne suis pas connaisseur ..
    Le 6.2% actuel est effectivement une aberration.
    Pour ma part, j’ai complété ma ligne la semaine dernière.
    Personnellement, je l’expliquerai par :
    1/ un marché qui n’est pas forcément efficace (le marché oblig est un marché de corporate pas un marché d’investisseurs particuliers).
    2/ un gros investisseur oblig a peut être intérêt à aller vers des produits plus volatiles (il gagne en +value ce qu’il n’a pas en coupon)
    3/ le taux actuel n’est valable que jsuqu’en 2015, après il y a une incertitude

    d’autres idées ?

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