Les banques font partie des gros émetteurs d’obligations. Mais les obligations qu’elles émettent ne sont pas forcément analogues à celles émises par des entreprises industrielles ou commerciales (« corporate »).
Voici une petite initiation en plusieurs parties qui permet de mieux comprendre le fonctionnement des obligataions émises par les banques.
Il ne s’agit que d’une initiation, le sujet est très complexe, il y a des livres entiers écrits sur le sujet !
Les banques peuvent prêter autant qu’elles veulent (sous conditions)
Les banques vivent des prêts d’argent qu’elles font aux ménages et aux entreprises. On imagine souvent que les banques prêtent l’argent des dépostants. C’est oublier que cet argent ne leur appartient pas ! Et en réalité, leur capacité de prêt n’est pas directement liée à la quantité de dépôts qu’elles ont en compte.
De façon simplifiée, une banque peut prêter autant d’argent qu’elle souhaite à condition :
- de laisser des réseves obligatoires à la Banque Centrale
- de disposer de fonds propres dans une certaine proportion des prêts accordés. Chaque prêt accordé « mange » une certaine quantité de fonds propres de la banque. Ce n’est pas du 1 pour 1.
Tous les capitaux n’ont pas la même valeur
Le législateur a défini des règles de pondération :
- du passif : pour mesurer la « base de capital » de la banque à partir de laquelle elle va pouvoir prêter. Il y a des aspects qualitatifs : des capitaux qui sont susceptibles de sortir de la banque du jour au lendemain ont moins de valeur que ses capitaux propres.
- de l’actif : certains prêts et certaines activités ont plus de risques d’autres et nécessitent davantage de fonds propres.
Ces poids ont été décidés au niveau mondial par les gouverneurs des banques centrales dans le cadre de ce que l’on nomme les accords de « Bâle II ». Ces accords définissent les critères de solvabilité qui permettent aux banques de fonctionner.
On peut les trouver dans ce document de la BRI (Banque des Règlements Internationaux) : http://www.bis.org/publ/bcbs128.htm (lien à droite pour la version en français).
Maximiser ses fonds propres et maximiser son bénéfice
Avoir des fonds propres sert donc à prêter. Mais le législateur exige aussi un niveau de fonds propres pour l’activité courante de la banque. Les banques ont eu à passer des « stress tests » pour vérifier que leur niveau de fonds propres suffirait pour survivre à des crises économiques, avec des hypothèses de défaillances d’entreprises auxquelles elles auraient prêté, de baisse de l’immobilier…
Le but pour la banque est donc d’avoir le maximum de fonds propres. La solution la plus évidente est de réaliser des augmentations de capital (émissions d’actions nouvelles), mais les actionnaires existants n’aiment pas se faire diluer : c’est souvent la solution de dernier ressort car elle diminue fortement le bénéfice par action. L’autre extrême consiste à emprunter pour afficher des fonds propres suffisants, mais s’endetter n’a jamais augmenté ses fonds propres : le législateur considère à raison que ce n’est pas du capital propre, puisqu’il est dû à quelqu’un…
Les titres hybrides
L’imagination des financiers étant sans limite, ils ont inventé des instruments hybrides qui ont les caractéristiques des fonds propres au regard des calculs de solvabilité mais qui ne diluent pas les actionnaires. Ce sont ces instruments à nom étrange (titres subordonnées, super subordonnées, perpétuels, titres participatifs etc.) que l’on peut acheter sur les marchés !
Les banques « jonglent » sans cesse entre les différentes les sources de financement, leur pondération dans les calculs de solvabilité, leur coût, afin de maximiser les « droits à prêter » à moindre coût.
Et viennent alors souvent nous proposer de souscrire à des titres subordonnées, perpétuels, ou hybrides.
Pourquoi c’est important pour nous, investisseurs obligataires ?
- pour savoir choisir, pour un même émetteur, les actions ou les obligations.
- pour comprendre quels risques expliquent les différences de rendement entre différentes obligations émises par une même banque.
- pour ne pas être surpris quand la Commission Européenne impose le non-paiement des coupons (cf. cet article « Risque sur les coupons des subordonnées Tier 1 et Tier2« )
- pour comprendre le mouvement de « reconstitution des fonds propres ».
Cela ne concerne que les obligations émises par les banques et les assureurs. Autant dire, 90% des obligations cotées sur Euronext Paris.
Suite de l’article : Tier 1, Tier 2, Tier 3 pour les nuls
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Lecture de vos articles toujours « enrichissante ». La crise financière est-elle terminée ? Pas si sûr, les titres hybrides des banques risquent malheureusement de revenir d’actualité.
Robin des Bonds!! Je suis tombée sur votre blog par hasard et il m’aide beaucoup en ce moment. Je cherche les conséquences de Bâle 3 sur le financement bancaire à CT des entreprises commerciales et industrielles. Je suis dans une détresse incroyable, je ne trouve rien sur le web. Pourriez-vous me donner quelques pistes d’analyse SVP???
Merci d’avance.
Bonsoir
Je cherche des renseignements précis sur l’EMPRUNT PERPETUEL A TAUX VARIABLE du Crédit Mutuel de juillet 2004 vendu sans notice à une dame non spécialiste de 85 ans par un Directeur de Banque indélicat…Questions:date de call pour un remboursement anticipé de l’émetteur,serait-ce au pair??Que se passe-t-il si l’inflation augmente?Le coupon est-il basé sur la valeur actuelle ou d’émission?La performance semble faible…Comment obtenir ces renseignements en dehors du banquier vendeur qui prétend que ce genre de produit se vend sans notice?Merci de m’éclairer
Avant tout, est-ce qu’il y a eu préjudice? Il y a une obligation d’information, aller voir sur le site de l’AMF pour connaitre la réglementation. Mais vu l’age de la dame, il est possible de plaider l’abus de faiblesse, notamment si cette opération avait un caractère inhabituel.
Moi je pense qu’il y a préjudice mais il faudrait avoir toutes les infos (prospectus),c’est un produit complexe..Nous savons que l’emetteur peut rembourser par anticipation mais au pair ou non??Le coupon IKB 6% la première année ensuite variable en fonction du cms+0.05% .OK pour l’appel de la 1ère année,après,cela semble peu.Avez-vous une idée?Je vais voir la regle d’information sur AMF.Merci en tous cas.