Tier 1, titres hybrides, TSDI, ratio de solvabilité : lexique et conclusion
Cet article est la suite et fin de :
qu’il est recommandé de lire avant celui-ci si vous vous sentez « nul ».
Maintenant qu’on sait comment ca marche…
- Il ne faut pas confondre la solvabilité (qui a été l’objet de ces articles) avec la liquidité (ne pas avoir les liquidités nécessaires pour faire face aux engagements).
- Le non respect des ratios de solvabilité et des ratios réglementaires peut entraîner des fermetures de banques : voir par exemple cet article de chez Rebel Traders, et les raisons de l’ »Order to cease and desist »
- On comprend mieux pourquoi ca grogne échange de TP BNP Paribas Tier 2 contre du Tier 1 à coupon facultatifs, avec un ratio défavorable (en théorie, le Tier 1 étant plus risqué, il en faut davantage pour compenser).
Une traduction des termes des prospectus
Voici les traduction en français des termes que l’on retrouve dans les prospectus. Je ne reprends que les termes habituels pour les subordonnées et les hybrides. Ce n’est pas un lexique financier généraliste.
Il y a un cadeau à mi-parcours pour ceux qui veulent tout lire d’un coup.
- Call : possibilité de rachat par l’émetteur, en général au pair, et en général aux dates anniversaire. C’est comme un call warrant : l’émetteur a le droit d’acheter l’oblig à 100. Parfois, le call est soumis à approbation du régulateur bancaire local.
- NC 5 : non callable pendant 5 ans. Equivalent à « Call possible au bout de la cinquième année ».
- Step-up : augmentation du taux après une certaine échéance. Pour l’investisseur, c’est la garantie d’avoir une compensation si la banque n’exerce pas son call. Le législateur autorise une telle incitation dans la limite de +100 bp de taux au bout de 10 ans. En général, les obligations perpétuelles débutent à taux fixe, puis passent en variable + marge au moment du step-up.

- Deferrable : l’émetteur peut choisir (ou être contraint par le régulateur) de ne pas payer les coupons.
- Cumulative / Non cumulative : qu’arrive-t-il aux coupons non payés ? Si c’est cumulatif, ils sont reportés jusqu’à la prochaine échéance (où ils pourront encore être reportés), si c’est non cumulatif, on les oublie définitivement. Combiné à un dividend stopper, cela peut devenir un vrai posion pour les actionnaires si le solde des intérêts non payés est important.
- Dividend pusher : si la société a payé un dividende au cours des 12 derniers mois, alors le coupon obligataire DOIT être payé (exemple : la Casino CATS).
- Dividend stopper : si la société choisit de ne pas payer de coupon sur l’oblig, alors elle n’a pas le droit de payer des dividendes aux actionnaires.
- Mandatory trigger : événement qui entraîne le paiement obligatoire des coupons. Le dividend pusher en est un exemple. Une offre de rachat sur des titres en est une autre (preuve que la société a de l’argent).
- Mandatory coupon deferral : événement qui empêche le paiement des coupons, par exemple un critère sur le flux de trésorerie ou le résultat net.
- Alternative coupon satisfaction mechanisms : un détail des compensations au cas où la banque ne peut pas payer de coupons. On peut se retrouver avec un paiement « en nature », avec des actions nouvelles, actions de préférence, bons de souscription, etc.
- Fixed to float : on commence à taux fixe, puis on passe à taux variable. Le passage est généralement au moment du call et du step-up (donc, si le call n’est pas exercé, on se retrouve avec un taux variable bonifié à perpétuité ou jusqu’à un call).
- EUSA10 : Taux de swap en Euros à 10 ans. C’est un taux variable à 10 ans. Si vous ne savez pas où le trouver, allez chez Dexia ou si vous voulez un historique, prenez le taux des OAT (TEC10), il est proche du taux de swap à +/- 0,15%. Il y a un historique sur le site de l‘Agence France Trésor. A noter que le taux de swap 10 ans correspond à peu près à la moyenne des Euribor sur les 10 ans à venir, tels qu’anticipés par le marché.
- Intentional replacement capital clause : pour faire plaisir aux agences de notation, ca signale que si l’émetteur fait une offre sur les titres, il en émettra d’autres pour compenser afin de conserver une structure de capital constante dans le temps.
- Extension risk : le risque de ne pas se faire « caller », et de se retrouver avec un risque perpétuel. Avant 2009, tout le monde pensait que toutes les banques exercaient leurs calls pour en pas payer le step up. Tout le monde faisait des calculs de rentabilité en faisant l’hypothèse de remboursement du capital à la date de call (le scénario optimiste sur la perpet CNP).
Depuis la crise, les banques préfèrent souvent payer le step up, moins cher que leur taux de refinancement. C’est DeutscheBank qui a la première choisi de ne pas exercer son call, rappellant à tout le monde que les perpétuelles étaient risquées
En décembre 2008, tout le monde voulait garder son cash, personne de censé ne décaisserait 1 milliard alors que c’est facultatif.
Si je me suis trompé, ou si vous avez d’autres termes à ajouter, mentionnez-les dans les commentaires. Mais on reste sur les termes utiles pour les perpets et les hybrides, sinon on a pas fini !
Quelques liens pour aller plus loin (étudiants, c’est pour vos exposés !)
- La norme Bâle II sur la BRI : http://www.bis.org/publ/bcbs128.htm
- Sia Conseil publie des bons articles sur la solvabilité, notamment celui-ci : http://finance.sia-conseil.com/20090708/so-much-capitaux/
- All you ever wanted to know about hybrids but were afraid to ask (note de JP Morgan de 2005)
- N’hésitez pas si vous avez d’autres bons liens sur le sujet.
Bah voilà, en 2000 mots, c’était pas si compliqué les hybrides !
Hé oui, le béotien frappe toujours (au moins) trois fois … donc me revoilà.
Avant de poser ma question : article très clair, et en particulier sur le dernier paragraphe on comprend plein de choses …
et donc ma question de béotien : tu écris :
« Fixed to float : on commence à taux fixe, puis on passe à taux variable. Le passage est généralement au moment du call et du step-up. »
Il faut comprendre : le passage se fait en général à la date prévude de l’exercice du call, lorsque la banque ne l’exerce pas ? C »est ça, ou je n’ai rien compris (ce qui est malheureusement fort possible …)
Tu as tout compris, je vais modifier le texte pour que ca soit plus clair.
Merci pour les encouragements !
Il va falloir créer une fondation pour le peréniser ce Robin des bonds!
Merci
Ok, merci de la réponse.
et oui POUCET, je suis d’accord, fondons une fondation pour péreniser ce Robin des Bonds !!!
Robin des Bonds,
Merci pour l’aspirine, j’en ai bien besoin après la lecture attentive de tes trois articles.
Comme d’habitude ils sont très clairs et en te lisant on a bien le sentiment que les règlements internationaux sur le sujet sont destinés à favoriser les banques pour leur facilité le financemnet les économies.
Cela rappelle la fameuse règle de la fair value qui est aujourd’hui tellement critiquée simplement parce qu’elle est défavorable dans les marchés baissiers.
Le sujet n’est pas clos car il reste probablement de nouvelles règles à inventer, je devrais dire de nouveaux cautères à mettre en place, pour remplacer l’argent gratuit que les banques centrales cesseront bien un jour de délivrer aux banques.