Bonne année 2010 avec un sujet sexy !
Bonjour chers lecteurs
Je vous souhaite une très bonne année 2010 ! Et pas seulement en terme de pognon, faut pas oublier que ce n’est pas une fin en soi.
N’oubliez pas que le forum oblig héberge pas mal de discussions intéressantes sur les obligs. Merci à tous les participants !
Après un peu de vacances, me revoilà sur le blog : le sujet du jour est la rénovation des normes prudentielles bancaires. Quel sujet sexy !! ^^
Avertissement : ce sujet nécessite des connaissances basiques sur les ratios de solvabilité. Je vous invite à lire ce petit triptyque au préabable.
Le comité de Bâle s’est réuni pour proposer des nouvelles normes de gestion afin de renforcer la solidité du secteur bancaire. Pour l’instant, il ne s’agit d’une consultation que l’on peut trouver ici : http://www.bis.org/press/p091217.htm
Un Tier 1 uniquement en actions ordinaires
Le changement majeur est que le Tier 1 devra se constituer uniquement d’actions ordinaires : les titres hybrides, actuellement éligibles sous condition dans le Tier 1, ne pourront plus y être inclus (je pense qu’ils atterriront dans le Tier 2). Seul le « Core Tier 1 » comptera, excluant les hybrides. Ce qui ne plaît pas au comité de Bâle, c’est que certains banques pouvaient avoir seulement 2% de leur actif en actions, et tout le reste en titre hybrides.
Et d’autres contraintes
- un « poids » plus fort pour le risque sur les instruments de gré à gré, ce qui devrait ramener ces instruments (swaps par exemple) vers des chambres de compensaiton.
- une contrainte sur la liquidité (concept différent de celui de solvabilité : là où la solvabilité regarde les fonds propres comptables, la liquidité regarde l’argent immédiatement disponible)
C’est encore une consulation, ces normes sont censées être discutées tout au long de l’année 2010 pour application en 2012.
Mais les décisions du Comité de Bâle s’appliquent rarement à la date prévue.
L’impact pour les banques
- La prise de risque va coûter plus cher pour les banques. Pour « tenir » le même portefeuille de prêts, elles devront avoir davantage de fonds propres en qualité et/ou quantité. Donc baisse du bénéfice et baisse du taux de distribution.
- C’est un appel au renforcement de la base de capitaux permanents des banques. Adieu les dividendes record après les années fastes. De même, on peut s’attendre à des augmentations de capital… Pour avoir la même base de passif, il faudra remplacer les hybrides par des actions ordinaires. Tout levée de fonds étant favorable aux obligataires, cela devrait diminuer le risque de crédit.
L’impact sur les obligations perpétuelles
- Moins d’émissions de titres Tier 1 (TSDI, TSSDI, hybrides…). Le coût élevé pour la banque n’est plus justifié par le bénéfice apporté.
- Pour les titres existants : l’effet rareté peut les rendre plus demandés. En revanche, les émetteurs peuvent être moins incités à payer le coupon (pas de réputation à tenir vis à vis des porteurs Tier 1). Les clauses de « dividend pusher » deviennent donc cruciales. On pourra aussi assister à davantage de « calls » et offres de rachat sans doute au rabais en faisant comprendre que les coupons seront facultatifs.
- Moins de risque pour les obligations « senior », qui profitent de la protection systémique. En conséquence, le risque sur les noms bancaires n’est plus un risque sur la signature, mais un risque sur le contrat, sa subordination, la possibile conversion de la dette… Il faut plus que jamais lire les prospectus. Je pense aussi que les titres participatifs sortiraient gagnants de ce changement, étant donné que leur coupon n’est pas subordonné.
Crise => Régulation => Imagination => Nouveaux produits => Nouvelle crise
L’imagination des financiers est sans limite…
On verra peut être l’apparition de nouveaux titres. FT Alphaville parle des Coco : Contingent Convertible Secutiries qui pourraient rester éligibles au Tier 1. Il s’agit d’obligations que la banque pourrait convertir en actions en cas de besoin.
Voir par exemple :
http://ftalphaville.ft.com/blog/2009/11/18/83946/cocomplications/
http://ftalphaville.ft.com/blog/2009/12/11/88476/counting-the-costs-of-more-bank-capital/
Ce qu’il faut retenir, c’est que la tendance générale est à l’augmentation du risque assumé par les porteurs de titres bancaires. La re-régulation du secteur va entraîner une baisse des distributions de cash aux actionnaires et créanciers (et aux salariés aussi, d’ailleurs).
