Faut-il souscrire à l’obligation EDF 4,5% 2014 ? Non.

By Robin des Bonds, 31 mai 2009

Mise à jour : vous pouvez aussi aller voir l’article : La cotation de l’obligation EDF a débuté

EDF propose aux particuliers de lui prêter de l’argent. Ce genre de procédé n’avait pas été vu depuis l’ »Emprunt Balladur » de 1993, et a donc été fortement médiatisé. Est-ce une bonne affaire ?

La conclusion de mon analyse est que le taux proposé est intéressant par rapport aux placements court terme, mais pas par rapport aux placements long terme comme l’assurance vie. La fiscalité des obligations, plus défavorable que celle de l’assurance-vie, rend l’emprunt EDF peu attractif lorsque l’on regarde le taux après impôt.

Voici l’analyse détaillée :

Caractéristiques de l’obligation EDF 4,5% 2014

  • ISIN: FR0010758888
  • Echéance : 17 juillet 2014
  • Taux : 4,5%
  • Périodicité des coupons : annuelle
  • Nominal : 1000 EUR
  • Notation : A+ chez Standard and Poor’s, Aa3 chez Moody’s
  • Souscription possible dans toute banque pendant la période de souscription, achat possible sur le marché secondaire d’Euronext ensuite.

Peu de risque d’insolvabilité

Tout d’abord, le plus important : le risque de solvabilité. Car si une entreprise ne peut plus rembourser ses dettes, eh bien, on perd une grande partie du capital investi : les investisseurs obligataires sont aussi là pour assumer une part de risque !
Pour EDF, le risque de non remboursement est très faible, étant donné que l’Etat est toujours actionnaire à 84% d’EDF. Cela ne vaut pas une garantie d’Etat explicite, mais c’est au moins un facteur de confiance.

Cependant, cette dette s’ajoute au 25 milliards de dettes déjà existantes, qui ont servi notamment à financer des acquisitions contreversées au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Le marché prête de moins en moins facilement à EDF, c’est pourquoi la société se tourne vers les particuliers pour éviter une « saturation » des institutionnels.
La question est de savoir s’il faut s’estimer heureux avec 4,5%.

Un taux intéressant

4,5% me semble un taux intéressant compte tenu :

  • de la durée de 5 ans (les obligations d’Etat à 5 ans rapportent 2,90%)
  • du risque de l’émetteur
  • des emprunts EDF déjà existants sur le marché secondaire (les obligations émises les années précédents)
  • du taux qu’EDF paierait à des institutionnels (caisses de retraites, fonds…) : plutôt 4,3%

C’est un bon taux compte tenu du risque de crédit d’EDF. EDF donne donc un « coup de pouce » pour les particuliers, alors qu’il n’y était pas obligé : cette opération est aussi une opération de communication, dans la lignée de sa campagne de pub actuelle.

Mais une fiscalité défavorable

EDF compare son rendement (4,5%) avec les taux du livret A (1,75% en ce moment), mais il ne faut pas oublier que le taux du livret A est net d’impôt, et s’ajuste dans le temps à l’inflation. En outre, contrairement au Livret A, les coupons de 45 EUR que vous percevez annuellement seront amputés de la fiscalité ! Si bien que, selon votre tranche d’imposition, vous ne toucherez que 39,60 EUR (dans le meilleur des cas) ou 31,40 EUR (dans le cas le plus défavorable), soit un rendement qui tombe à 3,96%/an, ou 3,14%/an.

Des coûts associés qui peuvent être pénalisants

Autre point important : les conseillers bancaires vont s’empresser de proposer les obligations EDF sans frais de souscription, mais  sans toujours préciser qu’il faut, pour les loger… un compte titres ! Impossible de loger des produits financiers comme les obligations sur un compte courant.

Selon les banques, le coût annuel d’un compte titres peut aller de 0 à une centaine d’Euros… Est-ce que cela vaut vraiment le coût si l’on achète que peu d’obligations ? En revanche, si vous possédez déjà des actions, obligations, ou SICAV, l’obligation EDF peut cohabiter sans problème avec ceux-ci. Vous évitez de payer les frais du compte-titres.

Les points négatifs sont donc :

  • le taux tombe à 3,14% ou 3,96% après impôt
  • le rendement n’est pas indexé sur l’inflation comme le livret A : si l’inflation décolle, 4,5% paraîtront bien pauvres, et le marché secondaire se traitera avec une décote
  • EDF peut lancer une mode avec ce type d’emprunts. Peut-être que d’autres entreprises tout aussi solvables proposeront des taux plus intéressants, il serait alors dommage d’avoir immobilisé de l’argent avec EDF : il faudrait vendre sur le marché secondaire (ce que la banque facturera, bien sûr !) si l’on veut profiter des autres opportunités.
  • si la solvabilité d’EDF apparaît moins forte, le marché secondaire se traitera avec une décote. Les investisseurs qui vendent en cours de route pourront réaliser une perte si personne ne veut plus payer le prix d’origine.

Conclusion ? Préférez une assurance-vie

Placez plutôt votre argent sur une assurance-vie à un taux autour de 4%, et attendez de voir le marché secondaire de cette obligation.

Avec un peu de chance, vous pourrez les racheter moins cher, car il y a toujours des déçus, des clients trompés par leur conseiller, qui chercheront à s’en débarrasser, et qui seront heureux de trouver un acheteur de seconde main. Et si l’opportunité ne se présente pas, vous serez resté sur une assurance vie à 4%.

Si l’on prend en compte l’impôt et les frais, mieux vaut toucher 4% sur une assurance vie (garantie à hauteur de 70.000 EUR), que 4,5% sur une obligation EDF.

Au fur et à mesure du blog, je vous indiquerai des obligations que j’estime plus intéressantes que celles d’EDF. Certaines assurances-vie permettent de loger des obligations « corporate » (émises par Saint-Gobain, Lafarge, Vivendi, etc.) dans le cadre fiscal avantageux de l’assurance-vie, ce qui est en général plus intéressant.

Si malgré tout vous cédez à votre conseiller financier, et que vous n’avez pas encore de compte-titres, tenez bien compte du coût de ce dernier dans votre calcul de rentabilité ! Dans la page « Brokers obligataires », je vous indique une sélection de comptes-titres à moindre coût et donnant accès aux obligations en direct.



Comment fonctionnent les obligations

By Robin des Bonds, 31 mai 2009

Pour expliquer comment fonctionne une obligation, rien de tel qu’un exemple.
Prenons l’exemple de l’obligation EDF dont on parle tant dans la presse !

Une obligation, c’est une reconnaissance de dette.

Au lieu d’emprunter à la banque, une entreprise emprunte auprès de personnes physiques, comme vous et moi, ou de personnes morales (assureurs, caisses de retraite qui ont de l’argent à placer…).

On lui apporte de l’argent, qu’elle rend à une date fixée, tout en ayant payé au fil du temps des intérêts, en général annuels. Pour matérialiser cet engagement, elle nous donne en échange une « obligation ».
Les conditions de chaque obligation (taux d’intérêt perçu, échéance du prêt, fréquence des paiements…) sont précisés à chaque émission d’obligations.

Alors regardons un peu l’obligation EDF dont tout le monde parle en ce moment :
http://www.edf.com/emprunt/index.php

Dans le contrat (lien vers le pdf, en anglais ! EDF aurait pu faire un effort), on y apprend que :

- Les obligations ont une valeur nominale de 1000 EUR : on prête par « paquet » de 1000 EUR
- On envoie l’argent le 17 juillet 2009
- Chaque obligation sera rémunérée 45 EUR par an, qui seront payés le 17 juillet de chaque année de 2010 à 2014 inclus (ce qui fait 4,5% par an,chaque année, pendant 5 ans)
- Le 17 juillet 2014, EDF nous rend notre argent (ce jour, on touche donc 1045 EUR : le retour du capital, et le coupon annuel)

Sous forme de tableau, ca donne ceci (pour une obligation de nominal 1000 EUR) :

17 juillet 2009 -1000 EUR On verse l’argent à EDF
17 juillet 2010 +45 EUR Premier versement d’intérêts
17 juillet 2011 +45 EUR Deuxième versement d’intérêts
17 juillet 2012 +45 EUR Troisième versement d’intérêts
17 juillet 2013 +45 EUR Quatrième versement d’intérêts
17 juillet 2014 +1045 EUR Cinquième versement d’intérêts et restitution du capital prêté

Attention, ce tableau ne mentionne que les flux entre EDF et vous. Il ne tient pas compte de la fiscalité (eh oui, il faut payer des impôts sur les intérêts reçus…)

Obligation ancienne au porteur

Il y a quelques temps, les obligations étaient sous forme papier : on recevait alors un certificat, une reconnaissance de dette, avec des coupons en papier à détacher sur le côté. Chaque année, on découpait le coupon de l’année, on l’apportait à la banque, la banque les ramenait chez l’entreprise émettrice, qui donnait l’argent des intérêts à la banque, qui les redistribuait chez ses clients.
De nos jours, c’est évidemment informatique, alors pourquoi je vous raconte cette histoire ?

Parce que cette reconnaissance de dette n’est pas d’EDF envers vous. Elle est d’EDF envers la personne qui possède le bout de papier (ou qui a l’écriture informatique sur son compte bancaire). Les obligations modernes, tout comme les anciennes, sont au porteur.

On peut les revendre

Le principe ? On peut revendre ces reconnaissances de dettes : on n’est pas obligé d’attendre l’échéance.
Si on a acheté une obligation d’EDF, et qu’on a besoin d’argent à mi-course, en 2011, sans pouvoir attendre le 17 juillet 2014, on peut trouver quelqu’un qui prendra le relais : les obligations peuvent se revendre en bourse entre le moment où elles sont émises, et leur date d’échéance.
EDF n’a pas à donner son avis, tout ce à quoi il s’est engagé, c’est de rembourser le possesseur du papier en 2014.

Qui revend ? Des acheteurs de la première heure qui ont besoin de récupérer leur argent, ceux qui ont trouvé un taux plus intéressant ailleurs, ceux qui ne font plus confiance à EDF pour payer les intérêts et rendre le capital…
Qui achète ? Des retardataires qui ont raté le coche à l’origine, des investisseurs qui ont laissé passé du temps parce qu’ils ne pouvaient bloquer leur argent que pendant 3 ans et non 5, et ceux qui trouvent qu’ils font un bon placement en rachetant ces obligation.

Pour chaque obligation, il y a un « marché de l’occasion », que l’on appelle le marché secondaire.
Sur le marché primaire, on prête directement à l’émetteur de l’obligation. L’argent déboursé va à l’entreprise.
Sur le marché secondaire, on prend le relais de quelqu’un d’autre. L’argent déboursé va de l’acheteur vers le vendeur. Le prix se négocie, des fois on vend plus cher qu’on a acheté, des fois moins cher.

Voilà pour les bases !
Voir aussi mon avis sur l’obligation EDF !