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Obligation BMW, obligation Peugeot : bis repetita ?

By Robin des Bonds, 8 juillet 2009

Je vais vous conter la belle histoire d’une obligation BMW, puis parler de l’émission en cours de Peugeot.

Les spreads de crédit (marges de crédit en français)

Car tout d’abord, il faut que vous sachiez qu’entre « pros », on parle des obligations en spread. Le spread, c’est le surcroît de rendement par rapport à une obligation d’Etat sans risque, ou par rapport à un taux de référence (en général une obligation d’Etat, mais cela peut aussi être par rapport à un taux « de swap », j’y reviendrai un autre jour). Par exemple, si EDF émet à 4,5% alors que l’Etat français émet à 3%, toutes les deux pour des maturités de cinq ans, le spread de l’obligation EDF est de 1,5%. C’est clair, non ?

C’est plus complexe lorsque l’on est sur le marché secondaire, car l’obligation ne vaut plus le pair. On ne regarde plus son taux coupon, mais son taux de rendement actuariel, qui est une sorte de taux « virtuel » annuel, qui intègre les gains faits sur le coupon avec les gains (ou pertes) liés à la plus (ou moins) value qui sera réalisée au remboursement. Mais le spread de crédit fonctionne pareil : si dans un an, l’oblig EDF a un rendement actuariel de 4% et que les obligations d’Etat ont un rendement à 4 ans de 3%, le spread de l’oblig EDF sera de 1%. Capish ?

Pourquoi parler en marge ? Parce qu’on s’intéresse à la rémunération du risque par rapport au taux sans risque, et pas au taux absolu. Sur le graphe rendement/risque, c’est l’écart entre le rendement et la courbe AAA verte.

L’émission obligataire de BMW en novembre 2008

Novembre 2008, c’est deux moins après la faillite de Lehman, tout le monde craint pour les banques, toutes les banques craignent pour elles-mêmes, et les Etats n’ont pas encore lancé leurs grandes politiques volontairistes destinées à éviter le choc systémique.

C’est aussi le moment qu’a choisi BMW pour émettre une obligation, via sa filiale de financement BMW Finance.
Les caractéristiques sont les suivantes :

  • Emetteur : BMW Finance
  • Montant émis : 750 M EUR
  • Echéance : 19 septembre 2013 (4 ans)
  • Taux coupon : 8,875% annuel, soit 5,35% au-dessus du taux sans risque
  • ISIN : XS0400017199
  • Nominal : 1000 EUR (voilà des gens bien !)
  • Cotation : Deutsche Börse
  • Rating : A

Site Investisseurs de BMW Group

La marge était vraiment extrême, et témoigne des circonstances de l’époque. Tout le monde avait peur de faillites multiples, mais BWM a tout de même trouvé 750 M EUR via cette émission.

Le « tap » (abondement) de février 2009

En février 2009, constatant un resserrement des spreads (donc une baisse du taux sur le marché secondaire, donc une cotation au-dessus du pair, donc un intérêt pour les investisseurs), BMW décide de faire un « tap » de la ligne. Un tap, ou abondement, c’est lorsqu’un émetteur décide de se financer non pas via une nouvelle émission, mais via un « rajout » sur une ligne existante.

L’avantage, c’est que c’est moins coûteux en documentation, en avocats, et qu’on a déjà une base d’investisseurs à prospecter : on propose à ceux qui en ont d’agrandir leur ligne. Certes, le prix sera le prix du jour et non le prix d’origine, mais au moins, ils auront des titres supplémentaires sans avoir à aller sur le marché (parfois illiquide). En l’occurence, BMW proposait aux investisseurs d’origine d’en rajouter à 110% du pair.

Le tap est un succès, BMW lève 500 M EUR supplémentaires. Les investisseurs ont accepté d’acheter les nouvelles obligations avec un rendement de 3,90% au-dessus du taux sans risque, là où ils avaient demandé 5,25% auparavant.

Aujourd’hui (juillet 2009) : la grande forme

L’obligation est cotée à Stuttgart. Elle vaut aujourd’hui 115,8 pied de coupon d’après cet espèce de Boursorama allemand. En ajoutant le coupon couru, l’investisseur initial a déjà réalisé près de 22% de plus-value. Ou, en d’autres termes, l’obligation s’échange à un rendement de 4% (coupons de 8,875% par an, mais moins-value à attendre par rapport au remboursement au pair), soit 2% seulement de plus que le taux sans risque, là où les investisseurs initiaux avaient demandé 5,25% de marge ! Etant donné que nous ne sommes pas sortis de la récession, mieux vaut peut-être concrétiser ce gain !

Le cours de l'obligation BMW : il n'y a pas qu'avec les actions qu'on peut faire de la plus-value !

Le cours de l'obligation BMW : il n'y a pas qu'avec les actions qu'on peut faire de la plus-value !

Mais, pas de « backtrading », je vous parle de BMW non pas pour pleurer sur cette opportunité ratée, mais à cause de…

L’émission obligataire Peugeot !

Reuters annonce aujourd’hui que Peugeot va émettre entre 500 M et 750 M EUR d’obligations à cinq ans, portant un taux entre 8,375% et 8,625%. Ces obligations Peugeot, émises juste après une émission d’OCEANES (obligations convertibles), vivront-elles la même histoire que les BMW ? BMW est noté A, Peugeot est BBB- par S&P, Baa3 par Moody’s, BB+ par Fitch, de plus mauvaise qualité, plus risqué.

Je souhaite que ces obligations soient cotées sur Euronext avec un nominal pas trop dément, ou à défaut, qu’un courtier les propose dans son assurance-vie ! En espérant vivre la même histoire que les obligations BMW !

PS :  Repassez de temps en temps, je rajouterai les infos sur Peugeot au fur et à mesure. Robin.

Mise à jour : Le taux de l’obligation Peugeot sera de 8,375%. Cela correspond 5,86% au-dessus du taux sans risqus, et 6,23% de plus que les obligations « Bund » allemandes de maturité 5 ans. ISIN : FR0010780452 , elle cote au Luxembourg et en Allemagne.



Les obligations Arcelor Mittal chez Altaprofits et BienPrevoir

By Robin des Bonds, 8 juin 2009

Les offres d’obligations en direct via une assurance-vie pullulent !
Voici maintenant Arcelor Mittal qui se fait distribuer dans les assurances-vie !

Mise à jour de Juillet : nouvelle souche ArcelorMittal disponible, voir cet article plus récent.

Descriptif de l’obligation :

  • Emetteur : ArcelorMittal
  • Code ISIN : XS0431928760
  • Rendement : 8,25 % (hors frais de gestion du contrat, soit 7.41% après frais de gestion d’Altaprofits, ou 6.9% après frais de Bienprevoir)
  • Durée : 4 ans (3 juin 2013)
  • Lieu de cotation : Bourse de Luxembourg
  • Notation : BBB (attention, Altaprofits indique BBB+ mais Arcelor a été dégradée à BBB le 5 mai !)

Comme sur les autres formules du genre, les coupons seront réinvestis sur le fonds en Euros.

Et encore une fois, malheureusement, Altaprofits profite de la demande pour imposer des conditions de souscription drastiques, je cite :

Montant minimum du versement : 34.000 € dont 30 % et 20.000 € maximum en obligations ArcelorMittal (vous pouvez mettre la différence dans le fonds de votre choix, y compris le fonds en Euros.

Tandis que Bienprevoir rend l’obligation accessible à partir de 20.000 EUR. A noter que Bienprevoir propose également des obligations Autoroutes du Sud de la France (ASF) en direct, ainsi que des paniers « clés en main » d’obligations d’Etat, de Vodafone, BMW, Siemens, General Electric, Lafarge, pour des montants de souscriptions plus faibles.

Le marché secondaire de cette obligation existe déjà

C’est une remarque intéressante : l’obligation cote déjà sur le marché secondaire du Luxembourg.
Sur http://www.bcee.lu/fr/bonds/view par exemple, on constate que l’obligation Arcelor se traite à 103.6%, soit un taux actuariel de 6.9%

Alors, puisque cela cote déjà, ce n’est plus du primaire ? Comment ces assureurs la proposent-ils ? Altaprofits permettrait-il de souscrire au pair, ce qui serait compensé par ses conditions de souscription drastiques ? Bienprevoir a-t-il ajusté le taux dans sa communication pour tenir compte du taux sur le secondaire ?

La transparence n’est pas encore de mise chez les courtiers en assurance-vie, malheureusement, pour l’instant on ne sait pas trop s’il s’agit d’un stock acheté en primaire, ou de propositions d’acheter sur le secondaire,  cela est noyé dans le concept d’ »unités de compte ».

Mon avis sur ces obligations Arcelor Mittal en assurance-vie

J’ai déjà une assurance-vie chez Altaprofits, et je ne profiterai pas de l’offre : je ne souhaite pas immobiliser tant de capital juste pour profiter de l’accès à des obligations Arcelor Mittal. Si l’on intègre la contrainte de répartition, répartissant sur Arcelor et sur le fonds en Euros, le rendement des 34.000 EUR investis tombe à 5% pendant les 4 ans.

En outre, je préfère la liberté d’un compte-titres, permettant d’accéder à tous les titres cotés en bourse, sans dépendre du choix préalable d’un assureur : les opportunités sont surtout sur le marché secondaire, pour des tailles restreintes, et il ne faut pas compter sur une communication grand public de ces opportunités (tout au plus sur un blog à l’apparence austère, haha).

De manière générale, je trouve l’offre globale du courtier Bienprevoir intéressante en terme de diversité.

En terme d’obligations, les marges sont correctes mais sans plus, on peut y aller à condition de veiller à choisir des offres obligataires  courtes (4-5 ans) pour éviter le risque d’inflation, et ne demandant pas trop de capital, car je pense que des propositions de ce genre vont devenir de plus en plus nombreuses, ce serait alors dommage d’avoir immobilisé du capital trop tôt.

Les liens pour vous faire une idée par vous-même :
Altaprofits
Bienprevoir