By Robin des Bonds, 9 juin 2009
Il est temps de parler un peu des perpétuelles à taux variable !
Petit rappel, sur Euronext, on trouve trois sortes d’obligations perpétuelles :
- les obligations perpétuelles émises par des entreprises ou banques
- les titres participatifs (émis dans les années 85)
- les TSDI bancaires émis dans les années 80 (bah oui, un perpet, ca dure longtemps !)
Aujourd’hui, intéressons nous à la perpétuelle Casino, qui appartient au premier type.
Casino Guichard Perrachon, c’est le groupe de distribution qui détient notamment les enseignes Casino, Leader Price et Spar.
Vous retrouvez cette obligation sur la page du site investisseurs de Casino : c’est la première.
Je vous conseille de lire le document en français (2 pages), surtout si vous débutez en obligations. Ne vous basez pas uniquement sur mon interprétation !
Analysons maintenant les détails de cette obligation.
Emise en 2005 en dehors du programme EMTN (ce qui explique son prospectus spécifique) elle présente les caractéristiques suivantes :
- ISIN : FR0010154385
- Nominal : 1000 EUR
- Encours : 600 M EUR
- Taux variable : CMS 10 ans + 1%, payé trimestriellement à terme échu, sans que le coupon ainsi obtenu ne puisse dépasser 9%
- Titre supersubordonné de dernier rang
- Echéance : indéterminée
- Rating de Casino : BBB- avec perspective stable.
Les liens et documents de travail
Cotation boursorama ici, Fininfo (Telekurs) ici.
Le prospectus est ici (lien pdf, source : site officiel du groupe), et un résumé de 2 pages en français est publié sur Euronext ici (lien pdf).
Son « mnémonique Euronext » est « CATS » (sans doute comme CAsino Titre Subordonné) : il suffit en général de taper « CATS » plutôt que le code ISIN pour accéder aux informations. Appellons-la CATS désormais, et lisons ensemble ce prospectus.
Une obligation perpétuelle
L’obligation n’a pas de date de remboursement, c’est une sorte de rente perpétuelle. Mais tous les trimestres, à partir du 20 janvier 2010, Casino a le droit de racheter l’obligation au pair (100%, soit 1000 EUR).
Des coupons trimestriels
Les coupons sont trimestriels (la première année, il y a eu un coupon fixe de 7.5% mais à partir de maintenant, donc plus la peine d’en tenir compte). Chaque trimestre, le 20 janvier, 20 avril, 20 juillet et 20 octobre, on paye le coupon qui a été défini comme le taux CMS du début de la période d’intérêt (fixé en J-2) + 1%.
Evidemment, comme le taux est annuel, on divise par 4 pour obtenir le coupon à payer.
Par exemple, le 20 juillet, on payera le coupon qui a été déterminé le 16 avril (2 jours ouvrés avant le début de la période 20 avril-20 juillet). Ce taux à l’époque valait 3.50%, on recevra donc (3.50% + 1%)/4 *1000 = 11.25 EUR par obligation le 20 juillet, avant de repartir sur un autre trimestre.
Au cours d’aujourd’hui (58 %), on bénéficie donc d’une indexation sur les taux, donc sur l’inflation, avec un revenu « instantané » sur investissement de près de 8%, sous forme de coupons d’environ 2% par trimestre.
(un rappel sur le CMS se trouve dans la partie « Les obligations à taux variable)
Etude du cours

Historique de l'obligation CATS (source fininfo)
Cette obligation n’a pas eu un grand succès ! Depuis 2005, elle a connu une baisse constate (tout en payant ses coupons : en 4 ans, il y a toute de même 25% du nominal qui ont été distribués en coupons), avant de remonter.
CATS cote aujourd’hui autour de 60% de son nominal, au plus fort de la crise de crédit, on l’a connue à 40% ! C’était clairement une anomalie de marché, liée à la panique et à l’envie de se débarrasser du risque à tout prix.
Aujourd’hui, l’opportunité est moins criante, mais l’oblig mérite tout de même d’être suivie. (notons qu’outre le rendement, les acheteurs à 40 bénéficient aussi d’une plus-value latente de 50% ! c’est la joie des obligs : être payé pour attendre, et avoir de possibles plus-values).
Parlons maintenant des risques spécifiques à cette obligation.
Premier risque : subordination sur le rang de la dette
En cas de liquidation d’une entreprise, les obligataires sont remboursés avant les actionnaires : les obligataires ont une créance sur l’entreprise, alors que les actionnaires en sont propriétaires.
Même entre obligataires, il y a une hiérarchie : certains sont prioritaires. Cette obligation est subordonnée de dernier rang, c’est à dire qu’elle ne sera remboursée qu’une fois que toutes les autres seront remboursées. Avec l’esprit pratique, et compte tenu de l’endettement de Casino, on comprend qu’en cas faillite de Casino, on ne récupère rien. Donc, en profil de risque, on la compare à une action.
Deuxième risque : subordination sur les intérêts
Car il y a autre autre clause de subordination. Le prospectus indique en effet (je cite) :
L’Emetteur est tenu de payer les intérêts relatifs aux Titres à chaque date de paiement d’intérêt (date de paiement d’intérêt obligatoire) si au cours des 12 (douze) mois précédant cette date de paiement d’intérêt,l’Emetteur a déclaré ou versé des dividendes ou procédé à des paiements de toute nature au profit de toute catégorie de titres considérés comme titres de capital en application des normes « IFRS » émis par l’Emetteur ou a remboursé, racheté ou acquis tout titre considéré comme titre de capital en application des normes « IFRS » émis par l’Emetteur, ou si l’une des ses filiales a acquis de tels titres émis par l’Emetteur.
Il faut savoir que l’action Casino existe (pendant encore un petit moment) sous deux formes, l’action ordinaire « CO », et l’action à dividende préférentiel « CK ». En contrepartie d’une absence de droit de vote, l’action à dividende préférentiel paye statutairement un dividende supérieur aux dividendes sur l’action ordinaire, avec un minimum de 0.06 EUR. Donc même si CO ne payait pas de dividende, CK devait payer 0.06 EUR par action, ce qui, via le paragrphe du prospectus cité plus haut, garantit le paiement d’un coupon sur CATS.
Avant d’investir, il faut connaître les éléments suivants :
- La fusion entre CK et CO a été votée en assemblée générale, et sera effective cette année. Les coupons obligataires de CATS ne sont donc plus garantis par l’obligation de dividende sur CK, seulement par celle sur CO (ou par la bonne volonté du conseil d’administration de Casino de continuer à payer les intérêts même s’il n’y a aucun dividende, ce qui est possible aussi).
- Avec la disparition de l’action à dividende préférentiel, le risque est devenu un peu plus grand sur CATS.
- le groupe Casino, malgré son fort endettement, présente une bonne rentabilité opérationnelle et arrive à maintenir une croissance supérieure à celle des autres distributeurs, notamment grâce à son positionnement dans le discount (Leader Price).
- l’organigramme du groupe Casino (contrôlé en cascade par Finatis, Foncière Euris, Rallye) a besoin des dividendes de Casino pour vivre. En conséquence, même si l’activité de Casino se portait très bien, il ne pourrait raisonnablement décider de zapper son dividendes sans affaiblir la structure de contrôle.
- un point négatif est la création de Mercialys, qui, via l’externalisation de l’immobilier, remonte de l’argent à la holding de tête via des loyers plutôt qu’en dividendes.
- Casino a payé un dividende le 5 juin : les 4 prochains coupons de CATS sont garantis.
Mon avis sur l’obligation perpétuelle Casino « CATS »
Cette obligation est très intéressante à suivre. Son profil de risque (subordination et notation BBB-) justifie la forte décote par rapport aux signatures corporate plus sûres, mais elle vaut vraiment le coup de figurer dans les listes de suivi. Chose qui ne gâche rien, elle est cotée en continu avec des volumes corrects.
Elle me semble idéale si l’on cherche des revenus perpétuels réguliers, indexés sur les taux longs, tout en prenant le risque Casino.
Cependant, aux cours actuels, elle me semble un peu chère. Elle subit d’une poussée à la hausse depuis que l’hebdomadaire Investir l’a mentionnée dans un article. Mieux vaut attendre qu’elle se calme un peu, et essayer d’en avoir lorsque le taux avoisinera les 10% plutôt que les 8 % du cours actuel.
Certains achètent tout de suite en se disant que le temps (coupons qui tombent) jouent pour eux même s’ils se trompent sur le prix. Ce n’est pas mon optique, mais faites comme vous voulez, vous avez peut-être raison