By Robin des Bonds, 6 novembre 2009
Il y a 4 mois, je parlais de l’obligation zéro coupon Groupama (FR0010753558). C’est une oblig zéro coupon qui capitalise à 5,80%, mais qui est revendue à 4,68% dans les assurances-vie GAN. L’émetteur se finance et fait du PNB en même temps !
Histoire de me cultiver, je cherche sa cotation sur le secondaire. Elle n’est pas référencée sur Bourso, mais je la vois sur Fortuneo (sous le mnémo GPAO).
Dans le caddie en 5 minutes, et à la caisse !
Oh, surprise, il y a même une fourchette de teneur de marché :
100 titres – 100,90 | 101,10 – 100 titres
Bon, c’est un petit teneur de marché (le nominal est de 100 EUR, ca fait 10 000 EUR de chaque côté), mais c’est l’intention qui compte, non ? Je fais mon petit calcul, je trouve le rendement intéressant et l’illiquidité ne me fait pas peur du tout, alors je passe un ordre d’achat de 50 titres à 101,10.
Les seuils de résevation dynamique sont à 99 et 101 : le cours de référence était encore à 100 vu que j’étais le tout premier à passer un ordre dessus. J’attends les 5 minutes réglementaires d’Euronext pour l’interruption de volatilité et je suis exécuté : 50 titres achetés à 101,10.

Le market maker disparaît aussi tôt aprés.
Juste avant la clôture, Fortuneo m’appelle
Le soir peu avant la clôture, je reçois un coup de fil sur mon portable, le back office de Fortuneo m’indique que Procapital, le teneur de compte, leur a demandé d’annuler mon ordre car le titre est « réservé aux institutionnels ». Je m’offusque, retourne rapidement sur mon blog, retrouve la page, et cite le prospectus qui dit bien :
II n’existe aucune restriction imposée par les conditions de l’émission à la libre négociabilité des Obligations.
Mais mon interlocuteur rétorque alors que le « prospectus contient une erreur ».
Alors pourquoi vous proposez la négo sur la valeur ? « C’est une erreur ».
Sentant que ca sera dur d’avoir quelqu’un de réellement compétent (et je ne les en blâme pas, ca reste du grand public), je laisse tomber l’affaire, et les laisse annuler mon ordre…
J’avoue que ce n’est pas tant le gain qui m’a attiré dans ce trade (l’oblig était même survalorisée si on accorde un prime pour la liquidité, nulle ici).
Je voulais surtout prendre le professionnel cravate-boutons de manchette en délit de négligence
N’allez pas au marché, achetez nos plats cuisinés trop salés, c’est un ordre !
Je sais bien que ces obligs sont avant tout destinées à être insérées dans des assurances-vie, sur lesquelles l’assureur et le courtier prélèveront leur marge, si bien que le taux offert au client sera amputé de plus d’1%…
C’est même sous-entendu dans le prospectus :
Les Obligations sont entièrement souscrites en France par les compagnies d’assurances Groupama Vie, Gan Patrimoine et Gan Assurances Vie dans le cadre de contrats d’assurance vie en unités de compte.
(au passage, l’avis d’émission dit : « Le produit de l’émission servira à financer les besoins généraux de Groupama SA. », ce qui est totalement contradictoire, mais passons…)
Le teneur de marché n’aurait jamais dû proposer cette fourchette : il vendait des titres qu’il n’avait pas (et quasiment impossibles à emprunter).
Des titres pourront tomber sur le marché si un investisseur en assurance-vie demande un rachat
ET
que Groupama décide de ne pas prendre les titres pour annuler les titres mais plutôt d’aller sur le secondaire pour les revendre.
…
Autant dire, c’est pas demain.
Conclusion ?
« Les braves gens n’aiment pas ceux qui suivent une autre route qu’eux… »
Au moins, l’historique Euronext se souviendra de moi pendant 8 ans

Si j’avais acheté un warrant pourri, souscrit un fonds surchargé de frais, si j’étais un innocent dont on aurait basculé le Livret A en actions Natixis, si j’avais cramé toute ma marge et au-delà avec un compte CFD ou Forex, si j’avais perdu ma mise dans des FCPI de défiscalisation, personne n’aurait annulé mon ordre.
Mais lorsqu’un original dégote un titre que l’industrie financière a oublié de censurer, son ordre est annulé, même pour 5000 EUR.
Pour gagner sa vie sur les marchés il suffit pas d’être futé. Faut aussi affronter une industrie qui veut vous rediriger vers les produits à marge.
Ca me fait douter de ma stratégie de base, qui est de profiter de l’illiquidité et de fouiller là où les autres ne vont pas.