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Bonne année 2010 avec un sujet sexy !

By Robin des Bonds, 3 janvier 2010

Bonjour chers lecteurs :)

Je vous souhaite une très bonne année 2010 ! Et pas seulement en terme de pognon, faut pas oublier que ce n’est pas une fin en soi.

N’oubliez pas que le forum oblig héberge pas mal de discussions intéressantes sur les obligs. Merci à tous les participants !

Après un peu de vacances, me revoilà sur le blog : le sujet du jour est la rénovation des normes prudentielles bancaires. Quel sujet sexy !! ^^

Avertissement : ce sujet nécessite des connaissances basiques sur les ratios de solvabilité. Je vous invite à lire ce petit triptyque au préabable.


Le comité de Bâle s’est réuni pour proposer des nouvelles normes de gestion afin de renforcer la solidité du secteur bancaire. Pour l’instant, il ne s’agit d’une consultation que l’on peut trouver ici : http://www.bis.org/press/p091217.htm

Un Tier 1 uniquement en actions ordinaires

Le changement majeur est que le Tier 1 devra se constituer uniquement d’actions ordinaires :  les titres hybrides, actuellement éligibles sous condition dans le Tier 1, ne pourront plus y être inclus (je pense qu’ils atterriront dans le Tier 2). Seul le « Core Tier 1 » comptera, excluant les hybrides. Ce qui ne plaît pas au comité de Bâle, c’est que certains banques pouvaient avoir seulement 2% de leur actif en actions, et tout le reste en titre hybrides.

Et d’autres contraintes

  • un « poids » plus fort pour le risque sur les instruments de gré à gré, ce qui devrait ramener ces instruments (swaps par exemple) vers des chambres de compensaiton.
  • une contrainte sur la liquidité (concept différent de celui de solvabilité : là où la solvabilité regarde les fonds propres comptables, la liquidité regarde l’argent immédiatement disponible)

C’est encore une consulation, ces normes sont censées être discutées tout au long de l’année 2010 pour application en 2012.
Mais les décisions du Comité de Bâle s’appliquent rarement à la date prévue.

L’impact pour les banques

  • La prise de risque va coûter plus cher pour les banques. Pour « tenir » le même portefeuille de prêts, elles devront avoir davantage de fonds propres en qualité et/ou quantité. Donc baisse du bénéfice et baisse du taux de distribution.
  • C’est un appel au renforcement de la base de capitaux permanents des banques. Adieu les dividendes record après les années fastes. De même, on peut s’attendre à des augmentations de capital… Pour avoir la même base de passif, il faudra remplacer les hybrides par des actions ordinaires. Tout levée de fonds étant favorable aux obligataires, cela devrait diminuer le risque de crédit.

L’impact sur les obligations perpétuelles

  • Moins d’émissions de titres Tier 1 (TSDI, TSSDI, hybrides…). Le coût élevé pour la banque n’est plus justifié par le bénéfice apporté.
  • Pour les titres existants : l’effet rareté peut les rendre plus demandés. En revanche, les émetteurs peuvent être moins incités à payer le coupon (pas de réputation à tenir vis à vis des porteurs Tier 1). Les clauses de « dividend pusher » deviennent donc cruciales. On pourra aussi assister à davantage de « calls » et offres de rachat sans doute au rabais en faisant comprendre que les coupons seront facultatifs.
  • Moins de risque pour les obligations « senior », qui profitent de la protection systémique. En conséquence, le risque sur les noms bancaires n’est plus un risque sur la signature, mais un risque sur le contrat, sa subordination, la possibile conversion de la dette… Il faut plus que jamais lire les prospectus. Je pense aussi que les titres participatifs sortiraient gagnants de ce changement, étant donné que leur coupon n’est pas subordonné.

Crise => Régulation => Imagination => Nouveaux produits => Nouvelle crise

L’imagination des financiers est sans limite…
On verra peut être l’apparition de nouveaux titres. FT Alphaville parle des Coco : Contingent Convertible Secutiries qui pourraient rester éligibles au Tier 1. Il s’agit d’obligations que la banque pourrait convertir en actions en cas de besoin.

Voir par exemple :
http://ftalphaville.ft.com/blog/2009/11/18/83946/cocomplications/
http://ftalphaville.ft.com/blog/2009/12/11/88476/counting-the-costs-of-more-bank-capital/

Ce qu’il faut retenir, c’est que la tendance générale est à l’augmentation du risque assumé par les porteurs de titres bancaires. La re-régulation du secteur va entraîner une baisse des distributions de cash aux actionnaires et créanciers (et aux salariés aussi, d’ailleurs).



Tier 1, titres hybrides, TSDI, ratio de solvabilité : lexique et conclusion

By Robin des Bonds, 29 novembre 2009

Cet article est la suite et fin de :

  1. Les (quasi-)fonds propres bancaires pour les nuls
  2. Tier 1, Tier 2 et Tier 3 pour les nuls

qu’il est recommandé de lire avant celui-ci si vous vous sentez « nul ».

Maintenant qu’on sait comment ca marche…

  • Il ne faut pas confondre la solvabilité (qui a été l’objet de ces articles) avec la liquidité (ne pas avoir les liquidités nécessaires pour faire face aux engagements).
  • Le non respect des ratios de solvabilité et des ratios réglementaires peut entraîner des fermetures de banques : voir par exemple cet article de chez Rebel Traders, et les raisons de l’ »Order to cease and desist »
  • On comprend mieux pourquoi ca grogne échange de TP BNP Paribas Tier 2 contre du Tier 1 à coupon facultatifs, avec un ratio défavorable (en théorie, le Tier 1 étant plus risqué, il en faut davantage pour compenser).

Une traduction des termes des prospectus

Voici les traduction en français des termes que l’on retrouve dans les prospectus. Je ne reprends que les termes habituels pour les subordonnées et les hybrides. Ce n’est pas un lexique financier généraliste.

Il y a un cadeau à mi-parcours pour ceux qui veulent tout lire d’un coup.

  • Call : possibilité de rachat par l’émetteur, en général au pair, et en général aux dates anniversaire. C’est comme un call warrant : l’émetteur a le droit d’acheter l’oblig à 100. Parfois, le call est soumis à approbation du régulateur bancaire local.
  • NC 5 : non callable pendant 5 ans. Equivalent à « Call possible au bout de la cinquième année ».
  • Step-up : augmentation du taux après une certaine échéance. Pour l’investisseur, c’est la garantie d’avoir une compensation si la banque n’exerce pas son call. Le législateur autorise une telle incitation dans la limite de +100 bp de taux au bout de 10 ans. En général, les obligations perpétuelles débutent à taux fixe, puis passent en variable + marge au moment du step-up.aspirine
  • Deferrable : l’émetteur peut choisir (ou être contraint par le régulateur) de ne pas payer les coupons.
  • Cumulative / Non cumulative : qu’arrive-t-il aux coupons non payés ? Si c’est cumulatif, ils sont reportés jusqu’à la prochaine échéance (où ils pourront encore être reportés), si c’est non cumulatif, on les oublie définitivement. Combiné à un dividend stopper, cela peut devenir un vrai posion pour les actionnaires si le solde des intérêts non payés est important.
  • Dividend pusher : si la société a payé un dividende au cours des 12 derniers mois, alors le coupon obligataire DOIT être payé (exemple : la Casino CATS).
  • Dividend stopper : si la société choisit de ne pas payer de coupon sur l’oblig, alors elle n’a pas le droit de payer des dividendes aux actionnaires.
  • Mandatory trigger : événement qui entraîne le paiement obligatoire des coupons. Le dividend pusher en est un exemple. Une offre de rachat sur des titres en est une autre (preuve que la société a de l’argent).
  • Mandatory coupon deferral : événement qui empêche le paiement des coupons, par exemple un critère sur le flux de trésorerie ou le résultat net.
  • Alternative coupon satisfaction mechanisms : un détail des compensations au cas où la banque ne peut pas payer de coupons. On peut se retrouver avec un paiement « en nature », avec des actions nouvelles, actions de préférence, bons de souscription, etc.
  • Fixed to float : on commence à taux fixe, puis on passe à taux variable. Le passage est généralement au moment du call et du step-up (donc, si le call n’est pas exercé, on se retrouve avec un taux variable bonifié à perpétuité ou jusqu’à un call).
  • EUSA10 : Taux de swap en Euros à 10 ans. C’est un taux variable à 10 ans. Si vous ne savez pas où le trouver, allez chez Dexia ou si vous voulez un historique, prenez le taux des OAT (TEC10), il est proche du taux de swap à +/- 0,15%. Il y a un historique sur le site de l‘Agence France Trésor. A noter que le taux de swap 10 ans correspond à peu près à la moyenne des Euribor sur les 10 ans à venir, tels qu’anticipés par le marché.
  • Intentional replacement capital clause : pour faire plaisir aux agences de notation, ca signale que si l’émetteur fait une offre sur les titres, il en émettra d’autres pour compenser afin de conserver une structure de capital constante dans le temps.
  • Extension risk : le risque de ne pas se faire « caller », et de se retrouver avec un risque perpétuel. Avant 2009, tout le monde pensait que toutes les banques exercaient leurs calls pour en pas payer le step up. Tout le monde faisait des calculs de rentabilité en faisant l’hypothèse de remboursement du capital à la date de call (le scénario optimiste sur la perpet CNP).
    Depuis la crise, les banques préfèrent souvent payer le step up, moins cher que leur taux de refinancement. C’est DeutscheBank qui a la première choisi de ne pas exercer son call, rappellant à tout le monde que les perpétuelles étaient risquées :) En décembre 2008, tout le monde voulait garder son cash, personne de censé ne décaisserait 1 milliard alors que c’est facultatif.

Si je me suis trompé, ou si vous avez d’autres termes à ajouter, mentionnez-les dans les commentaires. Mais on reste sur les termes utiles pour les perpets et les hybrides, sinon on a pas fini !

Quelques liens pour aller plus loin  (étudiants, c’est pour vos exposés !)

Bah voilà, en 2000 mots, c’était pas si compliqué les hybrides !