Obligation Autriche 100 ans 2,10% (2017-2117)

Caractéristiques

  • ISIN : AT0000A1XML2
  • emetteur : Autriche
  • date_emission : 20 septembre 2017
  • date_echeance : 20 septembre 2117
  • nominal : TBD
  • remuneration : 2,10%
  • periodicite_coupon : annuelle (20 septembre)
  • encours : 6 000 M€
  • subordination : Senior

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Une obligation à 100 ans ("Century Bond")

En 2017, l'Autriche a émis une obligation à 100 ans, avec un coupon de 2,1%

Elle a récidivé en 2020 avec une nouvelle obligation à 100 ans avec un coupon de 0,85% (AT0000A2HLC4 – voir la liste des obligations d'État autrichiennes).

Ce n'est pas le premier pays à avoir émis une obligation d'un siècle. Le Mexique l'avait déjà fait en 2010 en dollars, puis en 2015 en Euros. L'Argentine, pourtant régulièrement en défaut de paiement, a aussi émis son Century Bond en dollars en 2017.

Enfin, certains pays émettent aussi à un siècle mais en placement privé (pour un groupe d'investisseurs, sans cotation sur les marchés) : Belgique, Irlande

Les émetteurs corporate de très grande qualité (Disney, Coca-Cola, Engie…) ont aussi émis des Century Bonds, avec toutefois des clauses de rachat, ce que n'ont pas les obligations souveraines.

Enfin, l'observation des taux d'émission des pays de la zone euro nous indique que la signature autrichienne est réputée : les obligations s'échangent à quelques points de base au-dessus de la France. Le pays est pourtant mieux noté que la France (AA+ contre AA).

Pourquoi les émetteurs émettent à 100 ans ?

Il y a de nombreuses raisons. Tout d'abord, en tant qu'émetteur, il est toujours intéressant d'émettre le plus long possible : cela diminue le risque de refinancement et évite les murs de dette (beaucoup d'obligations à rembourser en une période courte).

C'est aussi un moyen de figer des taux d'intérêt jugés bas au moment de l'émission. Cela peut aussi répondre à l'appétit de certains investisseurs qui ont des intérêts secondaires au rendement (qui ont des problématiques de duration par exemple), et donc d'émettre à un taux compétitif.

Enfin, il y a aussi l'aspect marketing. Une signature obligataire équivaut un peu à une marque qu'il faut faire connaître. Outre le coup médiatique, c'est aussi un moyen de montrer au marché que le pays sait se financer, qu'il y a un marché pour ce genre de titres pourtant peu communs, et donc que les obligations plus traditionnelles sont aussi à considérer, notamment en termes de liquidité (ce qui peut rebuter pour un petit pays).

Cette souche peut être abondée (« tap ») : le pays peut émettre des nouvelles obligations ayant les mêmes caractéristiques, fongibles avec les anciennes, qui viendront augmenter l'encours de la souche. L'émission à 100 sert donc aussi de plateforme pour le financement très long.

Qui achète des obligations à 100 ans ?

Cela a peu de sens pour un investisseur particulier, mais cela en a pour des institutionnels. Une fondation qui souhaite obtenir des revenus réguliers tout en étant prête à renoncer au capital (ou à ne percevoir qu'une valeur symbolique à terme, en devise constante). Un assureur qui est certain de devoir servir des pensions pendant toute son existence.

Et aussi, des spéculateurs.

Une obligation très sensible au taux

Acheter une obligation très très longue, c'est un bon moyen de s'exposer aux taux d'intérêt avec un fort levier.

Lorsque les taux ont fortement baissé, comme cela avait été le cas lors de la crise du Covid, l'obligation autrichienne 2117 a rapidement doublé de prix, allant jusqu'à dépasser les 200% du pair.

Lorsque les taux sont remontés en 2023, l'obligation a été divisée par 2, passant de 120% à autour de 60% actuellement, ce qui semble surprendre la presse.

Pour mémoire, l'obligation sera remboursée 100% dans près d'un siècle (avec la perte de valeur due à l'inflation). Ce n'est donc pas pour retrouver le pouvoir d'achat qu'on l'achète…

Selon moi la rareté la rend structurellement surcotée. Les obligations bien notées à très forte duration sont rares, et ce qui est rare est cher. C'est un instrument très réactif permettant de jouer la baisse des taux, mais c'est justement ce qui fait son défaut : il y existe bien plus rentable dans une optique de buy&hold !

J'en ai acheté un peu chez Trade Republic à 64,2% afin d'attendre une baisse des taux.

Elle souffrira si l'inflation reste élevée ou si les taux continuent de monter, mais progressera en cas d'apaisement sur ces fronts.

En cas de choc sur les marchés actions, tout dépend de la raison de ce choc. Elle profitera des « fuites vers la qualité », mais souffrira en cas de choc lié à l’inflation.

Puisque je ne veux pas mobiliser beaucoup de capital sur ce pari, je préfère investir peu mais sur un titre à fort levier plutôt que beaucoup sur un titre sans levier. Et, contrairement à une option, il n’y a pas de maturité. Au pire, on peut attendre : elle offre aujourd’hui (achetée à 64%) un rendement du coupon proche de 3,3%.

J’avoue que j’en ai aussi acheté dans une optique « colletionneur ». Détenir une obligation qui sera remboursée lorsque je ne serai plus là, ce n’est pas tous les jours !