Quand vendre ses obligations ?

En résumé

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Contrairement aux actions, avec les obligations il n’est pas nécessaire d’avoir un bon market timing à la vente. Toute la performance se fait généralement à l’achat, et ensuite le scénario de déroule.

Bien entendu, les obligations ne sont pas garanties en capital : il est possible de réaliser une moins-value si l’on vend moins cher que ce que l’on a acheté, ou si l’émetteur fait défaut. Je vous invite à vous reporter aux risques des obligations.

La majorité des obligations ont une date d’échéance

La première chose à savoir avant de répondre à la question, c’est que la plupart des obligations ont une date d’échéance, à laquelle l’émetteur les rembourse. Par conséquent, si vous avez été heureux de votre taux de rendement actuariel lors de l’achat, alors il faut détenir l’obligation jusqu’au terme pour le réaliser.

(en pratique, il faut aussi réinvestir les coupons au taux actuariel, c’est une des limites de ce calcul, entre théorie et pratique, mais passons).

C’est la situation la plus simple.

Cependant, il peut exister des situations où il est pertinent de revendre avant le terme. Et il y a aussi le cas des obligations perpétuelles, qui n’ont pas de date de maturité.

Voyons donc quelques cas.

Quand vendre les obligations ?

Lorsque qu’elles arrivent bientôt à échéance et ne rapportent plus assez

Voici le scénario : vous avez acheté une obligation il y a quelques temps déjà, et elle est désormais très proche de son échéance, quelques mois, ou un an.

Pour l’anecdote, on appelle ces titres des « queues d’obligations ».

Logiquement, le cours d’une obligation très proche du remboursement est très proche du pair (sauf si son taux coupon est très différent du taux monétaire, auquel cas elle peut être légèrement au dessus ou au dessous, ou sauf si elle est très risqué).

C’est le cas par exemple d’une obligations payant un coupon de 4%, remboursable dans 6 mois, et qui cote 102 coupon couru inclus.

Si votre queue d’oblig a un risque faible (Etat, entreprise bien notée), elle se comportera comme un quasi-titre monétaire, et rémunèrera le taux du marché monétaire.

A vous de voir alors si vous avez accès à d’autres placements plus rémunérateurs (livrets A, comptes à terme, fonds monétaire, etc.) il est intéressant de vendre votre obligation dès maintenant pour placer sur des meilleurs supports.

Vous vous débarrassez du risque de crédit, gagnez en liquidité et conservez la même maturité.

Vous pouvez aussi décider de rallonger la maturité, de changer d’émetteur, etc.

Evidemment, si votre obligation est peu liquide, vous risquez de perdre un peu lors de la vente. Vous aurez alors plutôt intérêt à la conserver jusqu’au terme.

Comparez les rendements sur la base du prix de revente pour tenir compte du spread bid-ask.

Après une forte baisse des taux

Cette raison sera plutôt destinée aux traders. Une forte baisse des taux fait grimper le prix des obligations et crée des plus-values sur les lignes en portefeuille. Faut-il vendre pour autant ? Certains seront heureux d’empocher la plus-value.

Le point important à regarder, c’est le rendement à maturité. Si on vendait pour vous, par erreur, cette obligations, auriez-vous envie de la racheter aujourd’hui ? Si le rendement à maturité est correct, oui. Sinon, vous feriez mieux de la vendre. Lorsque vous avez des doutes sur la capacité de remboursement de l’émetteur

Les obligations sont soumises au risque de défaut : si l’émetteur est dans l’incapacité de payer, vous ne percevrez pas forcément les intérêts ou le capital.

Il peut sembler prudent de vendre dès que vous avez un doute, néanmoins, n’oubliez pas que le marché est raisonnablement efficient, et si vosu avez une information, les autres participants l’ont probablement aussi : le prix tient compte du risque.

Il est fort probable que le rendement actuariel de l’obligation ait augmenté (que le prix ait baissé). Le nouveau rendement compense-t-il le risque ? A vous de juger.

Tout est affaire de couple rendement/risque.

Ceci dit, selon votre tolérance au risque, il peut être tout à fait raisonnable de vous débarrasser d’une obligation qui dont le risque est trop élevé pour vous.

Lorsque vous trouvez mieux ailleurs

Vous pouvez vendre des obligations pour acheter un autre actif, actions, immobilier, fonds monétaire…

Les obligations étant généralement contre-cyclique vis à vis des actions, elles auront souvent pris beaucoup de valeurs pendant une forte baisse des actions. Cela peut donc être une opportunité de vendre les obligations (en plus-value) et d’acheter des actions (qui ont baissé entre temps). C’est le cas idéal, celui d’un rebalancement de portefeuille vertueux dans un portefeuille diversifié.

Attention : si les nouvelles émissions obligataires se font à un taux plus élevé, il est inutile de vendre vos obligations anciennes pour acheter des nouvelles. En effet, le prix que vous tirerez de vos anciennes obligations s’est ajusté pour tenir compte de ce moindre taux. A tout instant, toutes les obligations d’un même émetteur avec une même maturité payent le même taux actuariel.

Par exemple, si vous détenez des obligations 3% Banque XYZ 2030, et que la banque XYZ annonce l’émission d’obligations nouvelles à 5%, ne cherchez pas à vendre les vôtres pour acheter des nouvelles. Leur prix a baissé et elles rapportent désormais 5% sur le cours actuel.

Lorsque les obligations prennent trop de place dans votre portefeuille

Dans le cadre d’un portefeuille diversifié, on répartit le patrimoine en diverses classes d’actifs : actions, obligations, monétaire, immobilier, matières premières, cryptos, etc.

La bonne pratique consiste à fixer des pourcentages pour chaque classe d’actif, et à rebalancer régulièrement le portefeuille (dont les poids varient au gré des marchés) afin de conserver une répartition conforme à celle souhaitée.

Après une forte baisse des taux, les obligations ont pu grimper fortement. Il est alors pertinent de vendre une partie des obligations pour racheter les actifs dont le poids a baissé.

Ce n’est pas faire du market timing ou anticiper le marché, c’est simplement conserver un risque constant dans le portefeuille.

Et comme les choses sont bien faites, après une hausse est justement le moment où le taux actuariel des obligations est faible. Autrement dit, après une forte hausse, elles ont épuisé une grande partie de leur potentiel. Lorsque vous anticipez une hausse des taux

C’est bien connu : lorsque les taux montent, les obligations baissent. Il peut donc sembler raisonnable de vendre ses obligations lorsque les taux s’apprêtent à monter.

Toutefois, attention aux nuances :

  • Le marché est plutôt efficient. Si votre anticipation de hausse est déjà partagée par le marché (les traders et gérants institutionnels) alors elle ne sert à rien. Si les taux montent à hauteur des anticipations, vos obligations ne baisseront pas. Vous vous en serez débarrassé pour rien.
  • La plupart des classes d’actifs (actions, immobilier) ont tendance à baisser lorsque les taux montent. Si vous espérez acheter ce type de titres, n’avez pas des attentes haussières trop élevées ! Le pire serait d’aller sur une classe d’actifs qui baisse davantage que les obligations…

Dans une stratégie "Riding the curve"

Les explications ici