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Comment acheter des obligations en direct ? Quels courtiers ?

par : Robin des bonds

Comment acheter des obligations concrètement ? Quel courtier ? Quel broker ? Quel montant minimum ?

La réponse en bref

  • Acheter des obligations est fastidieux.
  • Rares sont les courtiers qui proposent toutes les obligations du marché.
  • Les nominaux des obligations sont souvent très élevés.
  • Le plus simple est d'utiliser un ETF obligataire.

Pour acheter des obligations, il suffit de passer un ordre depuis le site de son courtier. Elles s'achètent en bourse, comme des actions. Toutefois, l'offre n'est pas développée chez tous les courtiers.

Quels courtiers ?

Mes recommandations sont :

  • Fortuneo
  • Interactive Brokers
  • Eventuellement Trade Republic malgré beaucoup de points négatifs

Un avertissement : en tant que particulier, il est difficile et parfois peu pertinent d’acheter des obligations. Vous êtes prévenus !

Acheter des obligations est difficile

Les obligations sont présentées comme étant un produit difficile d’accès, risqué, réservé aux professionnels. A tort. Et peut-être délibérément ?

Le marché reste hostile aux particuliers, que l’on souhaite délibérément cantonner au fonds en euros ou aux OPCVM obligataires.

Délibérément ? Oui !

On fait croire aux particuliers que les obligatoins c’est pour les pros. Que c’est compliqué.

On leur dit qu’il faut diversifier, et que, compte tenu du minium d’investissement, il faut des grosses sommes pour diluer le risque, ou alors passer par un ETF ou un fonds.

Pourquoi détourner les épargnants des obligations ? Car on préfère leur faire acheter des actions !

Les actions, ça bouge tout le temps, ça donne l’espoir de grands gains, ça semble « plus facile » si l’on reste superficiel (et c’est plus compliqué si l’on rentre dans les détails). Et surtout, ça rapporte des frais de courtage. L’investisseur qui achète une obligation et la garde 10 ans ne rapporte rien. Le trader qui achète des actions et change d’avis toutes les semaines est un bien meilleur client.

Il y a aussi des contraintes juridiques : la documentation n’est pas la même lorsqu’on s’adresse aux particuliers (la clientèle « retail ») qu’aux pros. Il faut être plus prudent, mettre beaucoup de disclaimers, etc. Et pour prouver au régulateur qu’ils ne s’adressent pas aux particuliers, beaucoup d’émetteurs mettent des nominaux à 100 000 €.

Et puisque pour bien investir il faut diverifier... C'est souvent inaccessible pour un patrimoine de particulier.

Acheter des obligations est souvent peu pertinent

Sur les papier, les obligations ont beaucoup pour plaire : un revenu régulier sûr, un remboursement à date connue.

Mais en pratique, les taux sont sans doute plus bas que ce que vous imaginez.

En effet, en tant que particulier, vous avez accès aux livrets réglementés, au fonds en euros de l’assurance-vie, éventuellement à des livrets à taux préférentiel… Votre base de comparaison est donc biaisée par ces produits grand public subventionnés.

Sur le marché obligataire, les taux sont les « vrais » taux de marché. Vous êtes sur le même marché que les institutionnels qui n’ont pas accès à tous vos produits réglementés, et donc qui se contentent de moins. Il faudra donc recalibrer vos attentes. Et c’est sans compter la Flat Tax qui viendra amputer les gains (coupons et éventuelle plus-value) de 30%.

Si toutefois vous persistez, alors ouvrir un compte chez l’un des courtiers et lancez-vous avec moi 🙂 Chez les brokers cités plus haut, vous aurez accès au marché secondaire, pas au marché primaire. Et tant mieux : c’est souvent sur le secondaire que l’on trouve les meilleures affaires !

Comment acheter des obligations : marché primaire, marché secondaire ?

Souscrire sur le marché primaire (à l’émission)

Sur le marché primaire, l’entreprise s’adresse directement aux investisseurs institutionnels (OPCVM, banques, assurances…). En effet, il est extrêmement coûteux pour un émetteur d’obligations de proposer des obligations via les réseaux bancaires. Les conseillers clientèle doivent être formés, commissionnés sur les ventes, la documentation (prospectus et avis d’émission) doivent être adaptés au grand public… Beaucoup d’entreprises refusent les coûts associés à une telle distribution.

Outre les réseaux bancaires, les réseaux de Conseillers en Gestion de Patrimoine (CGP) proposent parfois de telles offres à leurs clients. Ils les réservent à leur clientèle fortunée, compte tenu des coûts fixes associés, et de la nécessaire diversification : les nominaux standard sur le marché obligataires sont de l’ordre de 50 000 €. Et puisqu’un défaut a des conséquences désastreuses, la diversification est obligatoire.

Dans la grande majorité des cas, les obligations sont destinées aux institutionnels, et les investisseurs particuliers ne peuvent que lire les communiqués de presse (« rapidement sursouscrite » revient souvent !) et se sentir frustrés en regardant les taux.

Acheter sur le marché secondaire (obligations déjà émises)

Le maché des obligations est très actif entre institutionnels, qui s’échangent de gré à gré des « blocs » de plusieurs millions d’euros d’obligations, et assez peu actif sur les marchés boursiers cotés comme Euronext. Sur Euronext, on ne récupère que les miettes !

Cependant, cette faible activité, et le désintérêt global de la communauté des investisseurs permettent à qui prend la peine de dénicher des véritables pépites.

Il convient d’abord d’ouvrir un compte-titres (voir ma sélection de brokers sur le marché obligataire), de sélectionner une série d’obligations intéressantes, et d’attendre qu’elles se présentent à un prix correct. Selon les cas, cela peut arriver tous les jours comme une fois par an. Avec de la persévérance, l’on peut alors arriver à des rendements bien supérieurs que ce qui est proposé sur le marché primaire. L’absence de liquidité sur le marché secondaire n’est pas un problème si l’on a défini correctement sa durée d’investisement et si l’on choisit de détenir l’obligation jusqu’à son remboursement : tous les paramètres sont alors fixés. Le réel gain se fait à l’achat, ensuite, il ne reste plus qu’à « laisser courir ».

Pour trouver les obligations, trois méthodes :

  • Partir de la liste proposée par votre courtiere et les passer une à une
  • Aller sur le site de la place boursière (liste des obligations Euronext), repérer des obligations intéressantes, et prier pour que le courtier les aient référencées
  • Traîner sur des forums spécialisés ou lire le blog oblig et trouver des idées :)

Les cours des obligations

Vous n’aurez pas de mal à trouver le cours du jour (et enccore, les carnets d’ordres sont généralement faux). En revanche, pour les historiques de cours, il faudra vous armer de patience. Mais de toutes façons, ce n’est pas très grave. Avec les obligs, on achète le futur, pas le passé !

Les taux

Si votre obligation est à taux variable ou révisable, vous aurez besoin de connaître les taux adéquats. Fort heureusement, les Euribor sont assez simples à trouver. Et les CMS, même si vous n’avez pas d’historique, vous avez le spot chez SEB Groupe (lien : taux des swaps). Pour mémoire, le CMS 10 ans, c’est le Constant Maturity Swap 10 ans, donc le swap qui ne « glisse » pas.

Les prospectus

N’achetez jamais une obligations sans avoir lu son prospectus, ou son offering memorandum. Il recueille toutes ses caractéristiques financcières. Il vous le faut absolument si l’obligation est un tant soi peu complexe. Il peut être difficile de trouver les informations sur les sites Euronext ou chez votre courtier. Parfois, ceratins les font payer ! Heureusement, ils sont souvent disponibles chez les émetteurs. Pour les titres très anciens (titres participatifs), il faut fouiller mais on les trouve sur le web.

Les soucis que vous aurez un jour ou l’autre

Acheter des obligations en tant que particulier, c’est parcourir un chemin peu fréquenté. Vous allez au devant de déconvenues telles que :

  • Ticket d’entrée élevé : à vérifier en premier avant d’étudier une oblig. Inutile de faire tout le travail si le nominal est trop élevé pour vous. N’allez pas au-delà de vos moyens, même si vous avez l’opportuité de siècle n’oubliez pas que le risque des obligs est asymétrique : en cas de perte vous perdez tout. Allez sur des nominaux qui vous permettent une diversification, que votre seuil se situe à 1000, 100 000 ou 1 million d’euros.
  • Des mauvais traitements informatiques chez le courtier. Enervant mais généralement cela se corrige car la place de marché et la chambre de compensation savent gérer. Vous serez peut-être le premier à tester les circuits de routage d’ordres de votre courtier, mais les bourses en ont vu d’autres.
  • Des mauvais traitements fiscaux (retenues à la source lorsqu’il n’y en a pas, etc.). Là, prenez votre mal en patience 🙂

Malgré tout, acheter des obligations en direct reste le meilleur moyen de s’assurer un revenu régulier sans intermédiaires. L’absence de frais de gestion contribue à améliorer le rendement. En outre, si c’est bien fait, l’achat apporter une plus-value (mais attention, il existe un risque en capital évidemment).

Les alternatives à l’achat d’obligations en direct